Lors d'une audition par la Commission des affaires économiques du Sénat fin juillet, la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher a annoncé vouloir maintenir pour 2023 le volume annuel d'électricité nucléaire à prix régulé à 120 térawattheures (TWh), contre 100 TWh en temps normal. Un bouclier tarifaire dont peuvent bénéficier les entreprises qui en font la demande auprès de la commission de régulation de l'énergie (CRE), au premier desquels les acteurs du cloud. Alors que le cours de l'électricité de gros (Spot) a été multiplié par 10 depuis le début de l'année, ce maintien leur permettrait de continuer à limiter l'impact de cette envolée sur leurs tarifs. La déclaration de la ministre ne s'est cependant traduite jusqu'ici par aucune décision concrète de la part du gouvernement. L'information a été confirmée au JDN par un porte-parole de la CRE. Contacté par la rédaction, le cabinet d'Agnès Pannier-Runacher n'a pas répondu à nos demandes de réaction.

"Maintenir à 120 TWh le niveau d'Arenh  pourrait nous permettre de juguler nos augmentations à 10%"

"Maintenir à 120 TWh le niveau d'Arenh (ou Accès régulé à l'électricité nucléaire historique, ndlr) pourrait nous permettre de juguler nos augmentations à 10% en 2023, contre des hausses d'au moins 20% et pouvant atteindre jusqu'à 50% si on revenait à la barre des 100 TWh", confie un fournisseur de cloud public français qui préfère rester anonyme tant le sujet est explosif. En vue de protéger les consommateurs dans un contexte de crise des prix de l'énergie qu'elle qualifie de "sans précédent", la CRE n'a pas hésité à recommander au gouvernement dès mars 2022 de passer l'Arenh à 150 TWh "pour ne pas risquer de connaître en 2023 les mêmes difficultés que cette année". Une décision qui peut être actée par le Premier ministre par un simple décret depuis l'adoption de la loi Energie Climat de 2019.

EDF s'oppose

Avant de s'engager, le gouvernement souhaite probablement avoir plus de visibilité sur le volume d'Arenh sollicité par les acteurs de l'électricité pour 2023. Pour connaître ce chiffre, il devra patienter jusqu'à la clôture du guichet ouvert comme chaque année par la CRE en novembre. A ce paramètre s'ajoutant un autre facteur : EDF. L'énergéticien historique a déposé en août dernier un recours devant le Conseil d'Etat dénonçant la hausse de 20 TWh d'Arenh accordée pour 2022. Déjà en difficulté suite à l'arrêt d'une partie du parc nucléaire français pour maintenance, il sollicite une indemnité publique de 8,34 milliards d'euros correspondant à la perte estimée consécutive à cette augmentation. Une manière d'envoyer un signal pour dire non à toute nouvelle majoration.

Quelle que soit la décision prise par le gouvernement d'ici la fin de l'année, un second élément s'invitera par la suite dans l'équation tarifaire des clouds : le nombre d'industriels qui, avec eux, vont se presser au portillon pour recevoir une part de l'Arenh 2023 dans leur contrat négocié auprès des fournisseurs d'électricité. "Evidemment si ce nombre s'accroît, le montant reçu par chacun sera plus réduit, ce qui impactera nos marges de manœuvre pour limiter les hausses de prix", confirme un autre acteur du cloud hexagonal.

OVH prend les devants

Pour l'heure, OVHCloud est le seul cloud français à avoir annoncé une hausse de tarifs pour répondre à l'explosion du cours de l'électricité. Effective à partir du 3 octobre, elle s'élève à 10% pour son cloud public et 37% pour son cloud privé basé sur VMware (voir le détail sur le site du groupe). Chez 3DS Outscale, le directeur de la stratégie David Chassan assure "Nous n'augmenterons pas nos prix cette année." Qu'en est-il de Scaleway ? Le cloud d'Iliad ne prévoit aucune annonce pour le moment dans ce domaine.

Aux côtés de l'Arenh, les clouds français peuvent compter sur un autre levier pour réduire leur facture d'énergie : le marché de l'électricité à terme. Beaucoup moins volatile que le marché Spot, il consiste à acquérir de la puissance à l'avance à tarif négocié. Un terrain sur lequel les poids lourds américains conservent l'avantage compte tenu de leur taille. "Nous n'avons actuellement pas l'intention d'augmenter les prix d'Azure en réponse à la hausse des coûts de l'électricité", déclare un porte-parole de Microsoft. Idem du côté du groupe de Mountain View. "La crise énergétique n'a actuellement pas d'impact sur nos prix", indique-t-on chez Google. Egalement contacté sur la question, Amazon Web Services (AWS) n'a pas répondu aux sollicitations du JDN.

Les clouds face au prix de l'énergie
Cloud Réaction
3DS Outscale   "Nous n'augmenterons pas nos prix cette année."
AWS   Ne répond pas
Google Cloud   "La crise énergétique n'a actuellement pas d'impact sur nos prix"
Microsoft Azure   "Nous n'avons actuellement pas l'intention d'augmenter les prix d'Azure en réponse à la hausse des coûts de l'électricité"
OVH   +10% pour son cloud public et +37% pour son cloud privé au 3 octobre
Scaleway   Aucune annonce de prévue

Les tarifs des clouds étatsuniens en Europe n'en demeurent pas moins en nette hausse du fait du retour d'un dollar fort. Depuis le début de l'année, sa valeur est passée de 0,8 à 1 euro. Soit une augmentation mécanique de 16% de la facture des clients d'AWS, Microsoft Azure et Google Cloud originaires du Vieux continent.


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