Cette démarche récente impose quelques principes de base. D’abord, le "smart and green" ne peut réussir sans travail d’équipe. On parle là d’une collaboration étroite entre l’équipe conseil extérieure et celles concernées par l’immobilier et l’informatique dans l’entreprise : les directions immobilières, les responsables des environnements de travail, des services généraux, de la maintenance et de l’exploitation mais aussi les responsables de l’informatique, des systèmes d’information ou encore de la cyber-sécurité. Tout l’enjeu est aussi de faire travailler ensemble le maitre d’ouvrage, le client, l’investisseur ou l’occupant pour atteindre un objectif commun.

Le "smart and green" impose ensuite une réelle ouverture à l’innovation. Plus facile à dire qu’à faire ! Car il s’agit bien de faire un pari sur l’avenir qui implique une certaine prise de risque de la part des investisseurs, des maitres d’ouvrage et des occupants. Par exemple, si l’objectif visé est de construire un bâtiment en basse tension, plus question d’avoir des prises de courant. Il faudra envisager de connecter les ordinateurs portables en POE ou via un autre type d’alimentation, comme l’USB. Ces innovations impliquent naturellement des changements d'habitudes et de pratiques de la part de tous les collaborateurs. L’accompagnement au changement est donc une étape cruciale dans la réussite du projet. Une démarche "smart and green" est réussie lorsque l’utilisateur final a fait évoluer ses habitudes vers un comportement environnemental plus vertueux.

Enfin, le dernier enjeu de taille est de faciliter la compréhension mutuelle entre toutes les expertises. Travailler en "smart and green" nécessite en effet un périmètre de compétences très large, et des champs d’expertise très différents : ingénieurs, experts en environnement, experts de l’exploitation des bâtiments, de la gestion thermique, ou de l’analyse des cycles de vie des équipements, mais aussi des spécialistes des systèmes d’information ou du conseil. Tout l’enjeu est donc de faire dialoguer l’ensemble de ces experts autour d’un même objectif.

Une fois ces principes établis, comment mettre en place, concrètement, une démarche "smart and green" ? 

Mieux cibler les besoins réels des utilisateurs

La démarche "smart and green" s’appuie sur trois piliers essentiels : la sobriété, la mutualisation et le jumeau numérique. Dans une approche "smart and green", la sobriété consiste à réduire l’ensemble des consommations du bâtiment, par exemple l'achat des équipements eux-mêmes. On le sait, l’installation d’équipements digitaux dans un immeuble génère un volume important de déchets, ce qu’on appelle le "e-waste". Et pourtant, comment faire autrement, puisque nous avons tous besoin de téléphones, d’écrans ou d’ordinateurs dans nos espaces de travail ?

C’est là le premier enjeu de la démarche : cibler la sobriété numérique et énergétique en ajustant le nombre d’équipements au besoin réel des utilisateurs. Chaque équipement doit donc correspondre à un objectif défini au préalable. En recherchant l’équipement le plus pratique et le plus adapté, on limite ainsi le nombre d’appareils en service. La démarche "smart and green" a donc un double bénéfice : elle permet de diminuer le budget investi dans les équipements et de réduire simultanément la facture énergétique au sens global du terme. La recherche de la sobriété énergétique implique aussi une approche environnementale globale : d’où la nécessité de faire appel à des experts de la démarche "smart and green" : ceux-ci disposent en effet de données environnementales, telles que des analyses thermiques, de consommation ou bien des données sur le cycle de vie des équipements qui permettent aux experts workplace de dessiner des parcours utilisateurs à partir de ces habitudes de consommation et données pour optimiser la consommation d’énergie.

Partager les infrastructures pour optimiser les coûts  

Le deuxième pilier de la démarche "smart and green" concerne la mutualisation. Le principe est simple : il s’agit d’utiliser les mêmes vecteurs lorsqu’il s’agit de typologies similaires ou identiques de transmission. Dans un bâtiment, certaines infrastructures sont forcément des infrastructures dédiées : par exemple, on ne peut pas mélanger les canalisations d’eau et d’air, tout comme on ne peut pas associer l’eau et l’électricité. En revanche, certaines infrastructures peuvent être partagées. A l’image d’un réseau autoroutier sur lequel circulent à la fois des véhicules particuliers et professionnels, des motos, des cars, des véhicules légers et des poids lourds des véhicules individuels et collectifs. L’objectif est de reproduire ce modèle à l’échelle du bâtiment : plutôt que de déployer plusieurs fois le même type de réseau dans un immeuble, mutualiser le cheminement des informations sur les mêmes câbles et réseaux permet de réduire considérablement l’infrastructure des réseaux. Ce travail de convergence s’inscrit dans une démarche "green" puisqu’il permet d’optimiser le fonctionnement du bâtiment tout en réduisant l’impact environnemental. 

Mettre la technologie au service de l’humain

Le troisième et dernier élément de la démarche "smart and green" consiste au déploiement du jumeau numérique (digital twin). Le concept n’est pas nouveau puisqu’il est né avec l’industrie 4.0 il y a plus d’une dizaine d’années. En revanche, son utilisation dans le domaine du bâtiment est plus récente. L’objectif est d’exploiter au maximum la technologie pour en tirer le meilleur parti, toujours au bénéfice des utilisateurs. Le jumeau numérique permet d’introduire une gestion des données transversale et prédictive. Comme une plateforme de convergence des données, il a la capacité d’accueillir et restituer des données de sources diverses (IoT, smartphone, système de confort, système de sécurité, etc.). Mais cette gestion transversale des données ne sera pas aboutie sans la capacité de traitement et de simulation du jumeau numérique pour livrer des services digitaux tant aux utilisateurs gestionnaires comme aux utilisateurs finaux. Le digital twin facilite le "just in time" et devient ainsi le cœur de la politique d’efficacité environnementale des entreprises.

Améliorer le bien-être des utilisateurs ne signifie pas forcément augmenter la quantité d’équipements et de données. Mais plutôt viser la réduction de l’impact environnemental dans un principe "green" aujourd’hui plébiscité par les utilisateurs, qui souhaitent travailler dans des bureaux éco-responsables.  En proposant de cibler d’abord des éléments spécifiques au développement durable, qui sont ensuite pilotés par le smart, la démarche "smart and green" va sans aucun doute bouleverser la façon de gérer les bâtiments. Elle invite surtout les acteurs de l’immobilier à adopter une vision pragmatique et vertueuse qui évite la surconsommation d’équipements numériques et les coûts associés… pour le bien-être de tous.


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