Nouveau rebondissement dans l'affaire du data center d'Amazon à Wissous dans l'Essonne. Un projet de centre de données géants qui avait été révélé par le JDN le 18 octobre dernier. Suite au refus du maire de la commune d'accorder les permis de construire visant à tripler la surface des salles informatiques du complexe (refus motivé par l'impact énergétique et environnemental du projet), la préfecture de l'Essonne avait déposé un déféré en avril dénonçant ce refus.

Alors que le jugement n'a pas encore été rendu, coup de théâtre : lors du conseil municipal du 29 septembre, le maire de Wissous a fait voter une délibération portant sur une révision du plan local d'urbanisme. Objectif : permettre, sur les zones concernées l'implantation d'une activité relevant des ICPE (ou installations classées protection de l'environnement). Une autorisation nécessaire pour accorder les permis de construire en question. "Cette délibération est là pour faire en sorte que Cyrus One procède à une enquête environnementale avec une étude d'impact, qui sera suivie d'une enquête publique afin que la population puisse donner son avis. Ensuite, le conseil municipal devra à nouveau délibérer sur l'accord ou le refus du projet", précise au JDN Laetitia Hamon, directrice de cabinet du maire de Wissous.

Le financement de travaux dans la balance

Pourquoi ne pas avoir fait appel à un organisme indépendant pour réaliser cette enquête environnementale ? Le cabinet du maire ne nous a pas répondu sur cette question. "Organiser une enquête publique sur la base d'une étude réalisée par Cyrus One relève du conflit d'intérêt. Comment en effet avoir confiance en l'objectivité de chiffres fournis par le principal commanditaire", s'insurge Philippe de Fruyt, conseiller municipal de l'opposition sans étiquette et président de l'association "Wissous notre ville", qui promeut la qualité de vie à Wissous.

"On achète la santé des wissoussiens"

Lors des derniers conseils municipaux abordant le sujet, il a été clairement indiqué que Cyrus One promettait "le financement de travaux" (d'abord la réalisation d'un stade de football, et désormais celui de travaux de voirie) contre l'approbation du projet par les élus. "Compte tenu de la chaleur émise par le data center et des rejets des 15 groupes électrogènes de secours prévus, qui ne sont pas équipés de filtre, on achète tout bonnement la santé des wissoussiens", lâche Philippe de Fruyt qui rappelle que le centre de données est implanté à moins de cent mètres d'un accueil collectif pour mineurs.

Et ce n'est pas fini. Lors du conseil municipal du 29 septembre, les élus ne disposaient pas des numéros des parcelles concernées dans les documents préparatoires. "Lors du vote, je me suis donc abstenu, n'ayant pas l'ensemble des informations nécessaires pour me prononcer et compte tenu de l'importance du dossier", reconnait Jean-Luc Touly, conseiller municipal en charge des relations publiques, de l'eau et de l'assainissement. La révision du plan local d'urbanisme faisait par ailleurs suite à une demande du préfet par lettre. Un courrier qui, lui aussi, n'a pas été porté à la connaissance des élus. "Nous ne savions donc pas quelles étaient les raisons qui avaient motivé la préfecture", ajoute Philippe de Fruyt, avant de préciser : "En amont des refus de permis de construire, le préfet avait accordé l'autorisation d'exploitation des deux nouvelles salles."

Préparer le terrain pour la phase 3 ?

Le conseil municipal de Wissous a donc approuvé la révision du PLU sans en connaître le périmètre et sans être au fait des arguments émis par le préfet. "Nous avons découvert les parcelles concernées quand la délibération a été affichée par la Mairie", révèle Philippe de Fruyt. "Nous avons constaté qu'elles ne recouvraient pas seulement les deux nouvelles salles informatiques prévues, mais englobaient aussi l'ensemble de la zone correspondant à la troisième (et dernière, ndlr) phase du projet, portant sur l'installation de trois autres salles."

Du côté du cabinet du maire, on maintient que la politique reste la même. "Si la commune perd le contentieux sur le refus du permis de construire (face au préfet, ndlr), la commune sera contrainte d'appliquer le permis de construire d'origine, sans modifications, et surtout avec toutes les conséquences environnementales qui ont entrainé le refus. La procédure (associant délibération, enquête environnementale et publique, ndlr) permet d'anticiper le résultat du contentieux qui peut être catastrophique pour Wissous", maintient Laetitia Hamon.

En attendant, le collectif pour l'espace naturel de Montjean qui se compose d'associations, d'élus et de citoyens des villes de Wissous, Fresnes et Rungis, s'est saisi de l'affaire. Il s'est appuyé sur des experts indépendants pour analyser le dossier dans l'optique d'informer au mieux la population sur le projet. Ci-dessous, le JDN publie en avant-première la note d'informations que le collectif s'apprête à diffuser.


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