La triple crise sanitaire, écologique et économique que nous traversons a mis en lumière nos déficiences dans de nombreux domaines, parmi lesquels celui du logement. Au plus fort de l’épidémie de Covid-19, les membres d’une même cellule familiale ont été amenés à vivre au sein d’un même espace de vie 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, passant d’une cohabitation sporadique à une promiscuité permanente. La conception des logements, ainsi que des aménagements urbains, a modifié substantiellement notre rapport aux lieux de vie, à leur confort et à leur qualité d’ambiance, notamment sonore. C’est dans ce contexte que la nécessité de repenser l’adaptabilité du logement se fait plus que jamais ressentir.

Un contexte qui questionne le logement d’aujourd’hui…

Le télétravail, d’abord, a démontré l’impérieuse nécessité de repenser le logement. Pendant plusieurs mois consécutifs, nombre d’actifs se sont vus contraints de modifier leur façon de travailler puisque les bureaux se sont invités au cœur du foyer familial. Mais force est de constater que le parc de logements français n’a pas été pensé pour cette nouvelle organisation du travail. Parmi les défauts pointés, sont notamment cités l’impossibilité d’évolutivité et de transformabilité des espaces et la non-prise en compte des enjeux inhérents aux activités professionnelles, scolaires et périscolaires.

Ce constat de fait vient s’ajouter au mouvement de fond en faveur d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, et au contexte législatif (RE2020) qui entend rehausser les objectifs en matière d’isolation thermique et acoustique des logements. Cela doit nous pousser à mener une réflexion sur la nécessaire adaptabilité de ces derniers. En effet, la qualité des lieux de vie actuels a été trop souvent pensée et conçue selon les prismes des techniques et des normes, au détriment des besoins de l'usager en tant qu’être social.

… et met en lumière sa nécessaire adaptabilité

Pour répondre aux exigences de qualité exprimées ces derniers mois, il convient de penser désormais le logement en termes d’habitat. Ce terme est préférable en ce qu’il prend en compte l’ensemble des conditions d’environnement du logement : son accessibilité, les commerces et services à proximité, les espaces publics, etc. Contrairement à la notion de logement, celle d’habitat intègre la pluralité des usages possibles. Elle n’induit pas exclusivement des espaces prescrits (pour dormir, manger, se doucher…) mais plutôt des usages de vie en anticipant les évolutions sociales, organisationnelles, humaines ou encore techniques.

Au regard de cette définition, il convient de privilégier une approche globale de l’habitat – qui réponde aux besoins réels des utilisateurs – et non plus une logique compensatrice de la déficience ou de la diminution des fonctions motrices, physiologiques ou cognitives des occupants – comme c’est le cas actuellement. Ainsi, la seule prise en considération des besoins de compensation et de réparation liés au vieillissement ou au handicap ne suffit pas : il faut aussi s’appuyer sur la sociologie urbaine qui interpelle les enjeux intergénérationnels et le vivre-ensemble. 

Doivent également être intégrées à cette réflexion les notions de durabilité et de respect de l’environnement, essentielles au vu de l’urgence climatique. Aussi, l’approche systémique susmentionnée doit aller de pair avec l’établissement de critères permettant de définir la qualité d’un habitat, à l’image des barèmes énergétiques et d’émission de gaz à effet de serre existants.

De l’importance de s’appuyer sur les remontées du terrain

L’établissement de tels critères ne saurait toutefois faire l’impasse sur l’expérience des professionnels du terrain, dont les travaux permettent non seulement de limiter les coûts, mais aussi de mieux anticiper les évolutions d’usage du parc immobilier induites par la crise sanitaire, telles que la nécessaire réversibilité des logements (à l’image des conversions d’immeubles de bureaux en appartements) ou les tendances sociétales à l’œuvre (divortialité de la population, mobilité professionnelle, extension du télétravail, progrès de la télémédecine, etc.)

Dans ce contexte, les expertises représentées par l’ingénierie, les sciences humaines ou l’ergonomie sont en première ligne pour sonder et retranscrire au mieux les besoins des usagers. Ces professions, qui disposent d’un savoir-faire empirique induit par leur connaissance du terrain, sont sans doute les plus à même d’orchestrer la mise en œuvre de l’évolutivité de l’habitat. Aussi, les compétences portées par cette chaîne d’experts doivent être mises à contribution dans une logique de complémentarité propre à la démarche dite de co-conception, qui permet une meilleure écoute des usagers et une représentation plus authentique de leurs besoins. 

A l’heure où les nouveaux modes de vie (télétravail, cohabitation renforcée des familles…), ainsi que l’exigence de durabilité des logements bouleversent en profondeur nos sociétés contemporaines, l’adaptabilité de l’habitat doit être au cœur des enjeux du mieux-vivre et ne pourra se passer des expertises compétentes en la matière.


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